L'automne est passé depuis quelques temps, emportant avec lui toutes ces feuilles habillant les arbres.
Fatiguées d'avoir été présentes tout l'été elles se sont laissées tomber une à une, tourbillonant dans le vent.
A partir de cet instant elles sont devenues mortes, comme si le simple fait de ne plus être accrochée à une branche justifiait le terme de feuille morte.
C'est étrange la langue française, car pour moi il n'y a rien de plus vivant qu'une feuille morte.
C'est lorsqu'elles sèchent et qu'on les écrase en leur marchant dessus qu'elles font le plus de bruit. Elles se mettent alors à craquer et se manifestent de plus belle sous chacun de nos pas les broyant, les écrasant.
Lorsque le vent se lève elles se mettent à danser.
On pourrait croire que leur trop longue immobilité aurait engourdit leur tige et leurs nervures mais il n'en est rien.
Au contraire, la soudaine liberté qui leur est donnée est comme une délivrance pour elles, et elles le montrent bien.
Toutes ces feuilles se lancent dans une longue valse, tourbillonant au rythme des rafales.
Elles se laissent porter par le souffle, le vent devient leur mélodie et les rues leur piste de danse.
Bien sûr elles ne sont pas parfaitement synchronisées, tu croyais quand même pas qu'elles allaient sortir leurs pointes pour te faire un ballet digne de l'opéra de paris?
Elles préfèrent aller dans tous les sens, n'obeir à aucune règle, et c'est ça qui est beau.
Elles n'essaient pas de mieux voltiger que les autres ces feuilles, elles ne font pas de compétition, leur but c'est de vivre à travers cette danse comme elles ne pourront plus jamais le faire dans leur vie, et elles y arrivent très bien.
Si c'était le seul moyen de devenir vivante, moi aussi je me serais détachée de ma branche depuis longtemps.